Dans ma famille, on aime bien voyager. Mais dans ma famille, on est un peu poissard. Donc, dans ma famille, les voyages tiennent souvent plus de l’épopée homérique rocambolesque que du farniente reposant. Non pas qu’un avion se soit crashé avec nous à son bord – trop simple. Nous c’est plutôt merde sur merde sur merde et vie pour pouvoir bien profiter de la dernière merde qui se profile à l’horizon. Je vous passe les habituels ‘Oh, l’annonce ne disait pas que la plage attenante au camping était réservée aux chiens’, ‘On est arrivés ! Oh, vous avez tous la varicelle’ ou ‘vos cheveux sortent du cadre de la photo de votre passeport, alors non, vous ne rentrerez pas sur notre territoire’. Nous, on fait dans l’épique.

Dernièrement, maman Flan a tenté de prendre l’avion et de changer de continent. Ha-ha. Quelle audace. Quel orgueil de penser qu’on peut quitter le sol français si facilement. Oui pour toi, chaland parmi tant d’autres, c’est simple de s’envoler vers des cieux plus bleus. Pour nous, famille flantesque, c’est carrément mission imposible. Comme passer une journée sans facebook.
Et un vol tout ce qu’il y a de plus normal de 6h se transforme en traversée de l’enfer de 24h. Ou comment un vol direct devient un tour du monde avec de multiples escales. Et puis comme les grèves c’est pas assez chiant pour pourrir un départ, ajoutons les portails de sécurité. Je pense que maman me ment. Je pense que maman est robocop.

Parce que faire s’affoler tous les détecteurs de métaux dans 4 pays différents en ayant à chaque fois enlevé breloques, ceintures et téléphone, c’est qu’on a une ossature en zinc. Du coup, maman s’est à chaque fois faite tripoter par la moitié de la planète. Une journée riche en nouvelles expériences.
Et puis (bis), comme si tout ça n’était pas encore assez (re-bis), il faut qu’un gentil douanier allemand soupçonne son fer à lisser d’être une arme de destruction massive. On ne se méfie jamais assez d’un fer à lisser, ce qui explique les prélévements effectués dessus. Ça peut vraiment faire bobo un fer à lisser, surtout en Allemagne visiblement. L’avantage, c’est qu’à côté de tout ça, on ne se rend même plus compte qu’on est assis à côté d’un enfant roux hyperactif; qu’on a des pâtes pour le déjeuner alors qu’on avait demandé ‘chicken’; qu’on ne peut pas atterrir tant que la mamie chinoise n’est pas sortie des toilettes – toilettes qu’elle a squattées pendant les 9/10ème du temps de vol (c’est finalement une bonne chose de ne pas avoir eu ‘chicken’). On est juste content d’être dans un avion qui nous rapproche, autant que faire se peut, de notre point d’arrivée.
Ce qu’il y a, c’est que même sans maman, sortir de la ville où l’on vit est tâche ardue. Le gène de la poisse j’vous dis, y a que ça de vrai. J’ai, effronté que je suis, décidé d’aller aux Etats-Unis. Ha-ha. C’était sans compter la douane. Et les charmants agents des douanes. Toutes les personnes qui sont déjà entrées sur le sol américain savent ce que cela signifie. ANTICHAMBRE de L’ENFER.

Un lieu magique où les gens sont si sympas qu’ils feraient passer les employés des services cartes grises pour des bisounours dopés au poppers. A la douane américaine, on est soit un terroriste -autant dire que maman aurait eu un vol direct vers Guantanamo avec son fer à lisser-, soit un horrible immigré clandestin qui est très bête et qui, donc, passe par la douane, soit le vecteur de toutes les maladies possibles et imaginables, soit un gros con. Pour ma part je suis rentré dans la dernière catégorie. Précision : gros con complètement camé. Il ne fait pas bon avoir froid à la douane américaine et être pris de frissons. Non, non, grossière erreur. Vous ètes automatiquement soupçonné d’être un rebut de la société en manque de vicodin. Et puis, quand on vous dit ‘Where do you live ?’, essayez d’utiliser les deux neurones qui vous restent à trois heures du mat’ pour répondre ‘France’ et non ‘New York’. A la douane américaine, on n’aime pas les approximations. Et comme vous l’avez compris, on est des chanceux dans la famille, on tombe sur le douanier le plus aimable et souriant. *ironie, je précise si tu es un peu lent, ou qu’il est trois heures du mat’*
J’ai donc eu le droit à tout un panel de questions aussi diverses qu’intimes pendant que tout le monde passait sans problème. Ou peut-être ma vie l’intéressait fortement ? Curieux ou pas, je pense quand même qu’il était à deux poils de m’envoyer une décharge électrique avec son taser lorsque j’ai mis un peu de temps à ranger mon passeport.

Du coup, dans ma famille, on aime bien voyager. Mais pas trop, c’est fatigant.